Eléphants du Damaraland

Benoît Feron, 20 juillet 2008
Mon périple namibien se termine demain. Après deux semaines d’un tour en famille d’une rare intensité, Anne et les enfants se sont envolés vers l’Europe il y a quatre jours alors que je prenais la route vers le Nord et le Kunene, la rivière qui marque la frontière physique entre la Namibie et l’Angola. Quatre jours entre Ruacana et les chutes d’Epupa à la rencontre des Himbas, de village en village.

Aujourd’hui, avec mon guide François, de Madiza Tours, nous avons repris la route vers le Sud et le Damaraland, et déposé Erwin, un Herero d’une gentillesse extrême qui nous a servi d’interprète à Sessfontein (l’information center là-bas, c’est lui). Demain matin, un petit Cessna m’emmènera de la piste de Doro Nawas, près de Twyfelfontein, direction Windhoek et son aéroport international. L’idée est d’atteindre ce coin du Damaraland encore aujourd’hui, suffisamment tôt avant le coucher du soleil, pour tenter d’apercevoir quelques éléphants du désert (il y a trois troupeaux qui sillonnent la région) et d’attendre calmement le vol demain matin après une nuit de camping.

Il est déjà 16h30, le soleil descend rapidement, et malheureusement le camping est encore à 25 km de piste. François craint qu’il ne soit trop tard. Il décide alors de quitter la piste et de prendre le lit asséché de la rivière Huab, qui part en perpendiculaire de la piste.

Après quelques minutes, dans une ambiance de sable doré sous ce soleil namibien de fin de journée, nous apercevons les premières traces d’éléphants, bien fraîches. François ne dit rien mais je sens l’excitation monter en lui. Nous remontons encore le lit de la rivière pendant quelques minutes et tout à coup, sur la crète, en pleine lumière, planté au milieu des herbes jaunes, un superbe éléphant nous fait face. Rapidement, on repère ses congénères. Une troupe de onze pachydermes. Pendant un peu moins d’une heure, nous les suivons de près, contemplant entre autres le combat de deux jeunes mâles pendant de longues minutes, seuls au monde, à l’abri de tout regard extérieur.

Alors que la pénombre envahit peu à peu le lit de la rivière et que le ciel rougit (au-delà de 3200 ISO, il devient difficile de faire une bonne photo, même avec un Nikon D3 tout neuf…), il est temps de prendre la direction du camping.

Le 4x4 remonte sur la plaine, énorme, entourée du cirque formé par ces montagnes à plateaux si typiques du Damaraland. Plutôt que de rejoindre le camping dans le noir, François propose alors de s’arrêter au milieu de ce spectacle visuel et de bivouaquer sur place, dans le but de retrouver les éléphants à l’aube, avant mon vol. La tente est déployée, nous somme seuls au monde dans cette plaine immense, seulement distraits par le son claquant (cloc – cloc – cloc…) des petits lézards geckos aboyeurs qui envahit l’atmosphère. Le soleil se couche, nous laissant à la pénombre. Cette plaine immense disparaît rapidement. Nous préparons un dernier repas « into the wild » au coin du feu en refaisant le monde, et bientôt, avec un peu de retard, la lune bien pleine, apparaît alors au sommet d’une colline. Sa lumière, très forte, éclaire à nouveau la plaine, découvrant à nouveau les montagnes au loin tout en dessinant nos ombres sur le sol.

Tout autour de nous, les geckos continuent à claquer leur son si particulier qui rend cette immensité beaucoup plus bruyante que deux heures plus tôt, quand seuls les craquements des branches d’arbres arrachées par les éléphants étaient perceptibles.

Moments de magie étonnants, que j’espère revivre un jour en partage avec ceux que j’aime.

Je m’endors sous cette lumière lunaire, sans fermer la tente pour être sûr d’être réveillé dès le lever du soleil.

Au lever, un café rapidement avalé, nous repartons en quête des éléphants, mais ils ont parcouru pas mal de kilomètres en une nuit. Les traces sont rares, François craint qu’ils aient quitté le lit de la rivière pour le bush, où ils seraient difficilement détectables. Après une demi-heure de recherches infructueuses, François décide de s’enfoncer dans ce bush composé de petits arbustes très denses où le 4x4 peine à trouver son chemin. Nous arrivons bientôt au pied d’une colline de schiste, que nous grimpons à pieds pour disposer d’une vue panoramique permettant peut-être de repérer ces pachydermes invisibles. Et là, la magie est de retour : 300 mètres droit devant nous, en plein bush vert et feuillu, ils sont là, en train de festoyer. Un spectacle superbe, d’autant que les éléphants se rapprochent lentement dans notre direction pour contourner cette colline qui nous sert de promontoire.

Après que les premiers éléphants soient passés à une distance respectable, en voilà cependant un qui se dirige droit vers nous. Il ne faut pas deux minutes pour qu’il soit juste en dessous de nous, à moins de dix mètres. En dépit des propos rassurants de François, qui m’assure que du haut de notre promontoire de schiste qui surplombe l’animal, nous ne craignons rien, je ne suis pas totalement rassuré, d’autant que j’ai l’impression que l’animal nous regarde droit dans les yeux. Il est maintenant là, à nos pieds, cinq mètres plus bas. Pas question de bouger… Après quelques minutes, l’éléphant décide de rejoindre le reste de la. Nous restons là encore une bonne demi-heure à contempler ce spectacle unique, d’autant que les éléphants sont tout proches de la voiture que nous avons abandonnée au pied de la colline et que nous ne pouvons dès lors pas rejoindre.

Une heure plus tard, et un petit crochet par le lodge de Doro Nawas où le manager accepte gentiment de me laisser prendre une douche, je m’envole, heureux d’avoir terminé ce périple namibien d’une manière aussi forte. Un vrai moment d’exception…


Photos : cf. rubrique Pays/Namibie/Les éléphants du désert – bientôt en ligne

 
 

 

 

 

 

 


                                       

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